Amanda Miché : « Pendant la crise, les organismes de formation ont fait preuve d'une grande réactivité »
 

Amanda Miché : « Pendant la crise, les organismes de formation ont fait preuve d'une grande réactivité »

par Kogito. Le 02/06/20 11:18. Localisation : 18, 28, 36, 37, 41, 45.
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Comment le Conseil régional a-t-il abordé la crise sanitaire dans le domaine de la formation ? Quels axes de travail sont aujourd'hui envisagés ? Entretien avec Amanda Miché, directrice de la formation professionnelle.

Pendant le confinement, quelle a été la stratégie régionale sur la question de la formation ?
Amanda Miché :
Le premier enjeu pour la Région était de maintenir autant que possible les stagiaires en situation de formation. Déjà fragilisés et éloignés de l'emploi pour certains, nous ne souhaitions pas faire peser sur eux des interruptions de formation ou des arrêts de parcours. Le second enjeu a été de soutenir économiquement l'appareil de formation régional pour que les organismes de formation puissent rebondir et relancer les formations en sortie de crise. Nous avons d'abord maintenu la rémunération des stagiaires quelle que soit leur situation de formation. Ensuite, nous avons développé la formation à distance. Si les organismes engagés dans le dispositif Visas était déjà bien outillés grâce au LMS et à l'équipe d'animation et de professionnalisation, d'autres n'étaient pas équipés en plateforme pédagogique. Ils étaient démunis pour proposer de la formation à distance à leurs stagiaires. Nous avons donc décidé d'ouvrir le LMS Libres savoirs à l'ensemble des organismes de formation engagés dans des actions du Programme régional de formation (PRF), notamment les Parcours métiers. Pour une prise en main rapide de cet outil nous avons également demandé l'appui de l'équipe Libres savoirs. Nous avons par ailleurs changé certaines modalités de financement afin de permettre le maintien des formations, même avec un petit nombre de stagiaires, ou encore de rallonger les délais de formation.

La Région a également étendu son offre de formation Visas aux salariés en chômage partiel, pour quelles raisons ?
Très rapidement les entreprises ont été en difficulté et le Conseil régional a déployé tout un panel d'aides à leur destination. Mais se posait aussi la question des salariés qui, pour plus de 50%, se retrouvaient en chômage partiel. Notre idée était de faire de cette période, très contraignante, une opportunité pour les salariés de se former. Notre choix a été d'utiliser le dispositif Visas Libres savoirs car il présentait l'avantage d'être immédiatement et rapidement mobilisable : déjà habitués au distanciel, les organismes de formation pouvaient les accueillir rapidement. De plus, les Visas couvrent des champs de savoirs assez larges qui peuvent répondre aux besoins des personnes.

Comment jugez-vous l'action des organismes de formation pendant le confinement ?
Ils ont fait preuve d'une grande réactivité et capacité d'adaptation. Au niveau des Parcours métiers plus de 70% des stagiaires ont pu être maintenus en formation. Pour les Visas, il y a eu une continuité des inscriptions : 785 entre mars et mai. C'est une vraie réussite. Pendant le confinement, les organismes de formation ont contribué à maintenir du lien avec les personnes ainsi qu'une dynamique d'apprentissage. Ils ont également fait un important travail pour revoir les modalités pédagogiques de leurs formations. Enfin, ils ont fait le lien avec la Région dans le cadre de la Conférence des organismes de formations. Cette nouvelle instance de gouvernance – qui réunit une quinzaine d'organismes représentatifs des réseaux et des filières – a favorisé le partage d'informations et l'échange de pratiques. Le premier rendez-vous a eu lieu le 17 avril. Et, le 29 avril, nous organisions une conférence élargie avec 99 participants. Elle a permis de partager les difficultés et bonnes pratiques des uns et des autres autour du chantier du déconfinement : accueil des stagiaires, gestion des salles et des calendriers... Cette instance a vocation à perdurer.

Quelles évolutions la Région souhaite-t-elle mettre en œuvre suite à cette crise sanitaire ?
Nous avons peu de recul mais il y a déjà plusieurs axes sur lesquels nous souhaitons avancer. D'abord, adapter davantage les formations à la multimodalité, un chantier déjà en cours dans le cadre du Pacte régional d'investissement dans les compétences. C'est une modalité pédagogique bien présente dans les Visas mais beaucoup moins pour les Parcours métiers. Le dispositif Visas va clairement servir de référence en la matière. À un autre niveau, le développement de la multimodalité permettrait de répondre à la problématique de la mobilité de certains publics et d'initier les apprenants au télétravail qui va probablement se généraliser demain. Cet axe de travail appelle néanmoins un point de vigilance : les stagiaires doivent avoir les moyens techniques de se connecter à un parcours en ligne. C'est un autre chantier de réflexion, notamment avec le prêt d'appareil informatique pour les formations à distance. Enfin, la crise sanitaire a révélé le besoin de développer l'autonomie des territoires autour de certaines filières comme l'alimentation. Il faudra nécessairement développer la formation pour ces filières. Le prochain PRF pourra représenter l'un des outils pour répondre à ces enjeux de formation.