« Le désarroi face à ses problèmes engendre de la démotivation puis le décrochage »
 

« Le désarroi face à ses problèmes engendre de la démotivation puis le décrochage »

par Kogito. Le 10/07/20 17:28. Localisation : 45.
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Formateurs à ACM Formation (ELS d'Orléans La Source), Amandine Bizet et Estaban Viget racontent leur expérience du décrochage des apprenants en formation et partagent leurs bonnes pratiques. Interview croisée.

Rencontrez-vous la problématique du décrochage des apprenants ?
Amandine Bizet :
C'est une problématique assez récurrente qui arrive avec tous les types de publics. Les causes sont nombreuses : problèmes familiaux, garde d'enfants, déménagements, retour à l'emploi... Le décrochage, c'est également des personnes qui pensent ne pas pouvoir rattraper leur retard après avoir raté une séance. On peut dire aussi qu'il y a une forme de décrochage qui intervient après la réunion d'information collective lorsqu'une personne dit être intéressée par la formation mais ne vient finalement pas.

Estaban Viget : Au contraire des formations d'Amandine qui sont de date à date, les miennes sont en entrée / sortie permanente. Elles me permettent d'être plus souple au niveau des plannings des apprenants, ce qui limite les décrochages. Mais la problématique existe et il n'est pas toujours facile de l'empêcher : le décrochage des apprenants est bien souvent soudain. Je constate les mêmes causes de décrochage qu'Amandine. Les freins à la poursuite de la formation sont souvent les mêmes. Limiter le décrochage et l'anticiper est important car un apprenant qui ne vient pas occupe la place de quelqu'un d'autre.

Quelle posture faut-il adopter selon vous pour limiter le décrochage des apprenants ?
A. B :
Pour éviter qu'une personne décroche de sa formation, je pense qu'il faut avant tout une posture d'écoute et de communication. Le formateur doit être proche de ses stagiaires. Pour engager la communication, j'insiste sur le fait de me prévenir en cas de retard, d'absence ou de maladie. Je ne demande pas de justificatif mais cela me permet de savoir si la personne va revenir et quand. J'ai également une posture de disponibilité. Je leur explique qu'ils ont mon adresse e-mail et qu'ils peuvent me joindre à tout moment pour parler de leur apprentissage ou d'une situation personnelle complexe, et que cela reste entre nous. S'ils ne sont pas à l'aise à l'écrit je reste en fin de séance pour discuter. L'idée est de les orienter vers des solutions et de les rassurer. Enfin, la bienveillance est importante. Par exemple si un apprenant est absent à une séance, je lui explique que je garde tous les supports de formation et que l'on prendra le temps de rattraper son retard. Par ailleurs, si le décrochage est trop important mais qu'il est tout de même motivé, je l'invite à revenir plus tard à une autre session de formation.

E. V : J'ai également une posture d'écoute. Pour limiter le décrochage, il faut écouter et soutenir les apprenants quand ils en ont besoin. C'est indispensable car les soucis et le désarroi face à ses problèmes engendrent de la démotivation puis le décrochage. Il est nécessaire de prendre le temps de lever les freins des personnes comme nous le faisons dans le cadre des Visas + Parcours vers l'emploi. J'ai également une autre posture, lièe à mon passé d'animateur : j'utilise beaucoup l'humour pour que la formation ne soit pas uniquement un temps d'apprentissage mais aussi un moment de plaisir auquel on souhaite revenir. L'idée également est d'avoir une proximité avec les apprenants, de créer du lien. Par ailleurs, je tutoie mes apprenants. C'est tout simple mais ça enlève une barrière.

Avez-vous d'autres bonnes pratiques pour limiter le décrochage ?
E. V :
L'individualisation, adapter le programme de formation aux besoins personnels, est également important pour limiter le décrochage. J'essaye également de favoriser les interactions et l'entraide entre les apprenants. Je l'ai bien vu pendant le période de confinement, les stagiaires ne voulaient pas de la FOAD*. Ils préfèrent venir en présentiel car, au-delà de se former et d'apprendre, ils ont besoin de tisser du lien social.

A. B : À ACM nous avons une approche actionnelle de la formation : les apprenants font, ils ne sont pas passifs. Je pense que ça leur donne envie de revenir, surtout pour les jeunes car la formation est très éloignée de l'école avec laquelle ils ont bien souvent eu une relation compliquée. Nous organisons également beaucoup de visites et de sorties sur le terrain. J'essaye aussi d'alterner les temps de parole, les exercices individuels et les exercices de groupes pour créer du dynamisme pendant la séance. 3 heures, c'est long. Et le décrochage peut être déclenché par un manque d'attention pendant la formation. L'entretien de positionnement est aussi un moment important pour prévenir le décrochage d'une personne peu disponible. Dans ce cas, j'explique que les Visas ont lieu toute l'année et qu'elle peut revenir plus tard. Enfin, une chose à ne pas faire : demander des justificatifs pour les absences. Je ne pense pas que cela soit efficace.

* Formation ouverte et à distance

Pour aller plus loin
Comment limiter le décrochage des apprenants en formation ?